Questions de bon sens sur le rapport et les rapporteurs sur la corruption au Congo

dimanche 23 octobre 2011
  • L’honorable Laurent Tengo

Le rapport sur la corruption qui touche « tous les étages de l’état » publié ce samedi 15 octobre 2011 suscite des questions de bon sens.

Pourquoi Laurent Tengo sort un nouveau rapport sur le sujet alors que récemment, Alphonse Nzoungou, à la tête d’une prétendue et prétentieuse CNLCCF (Commission Nationale de la Lutte contre la Corruption et la Concussion et la Fraude), avait déjà pondu une enquête dont les résultats, visiblement, sont restés lettre morte ? Qui sont ces fouineurs qui osent s’attaquer à ce Léviathan nommé Chemin d’Avenir ? Qui leur donne le feu vert pour traquer la vermine ? Laurent Tengo a fait un classement des corrupteurs et des corrompus de la République. C’est P. Bourdieu qui dit que dans un classement, c’est bon de classer aussi celui qui classe.

Pourquoi ce rapport est-il réalisé maintenant et quel sort sera réservé à ceux qui ont été pris en flagrant délit de corruption ? Comment les résultats de l’enquête ont-ils été accueillis à Mpila, Mecque de la corruption ? Là-dessus Laurent Tengo ne souffle mot.

Traître des traîtres

Qui est Laurent Tengo, David contre Goliath, qui s’en prend à la corruption ? Qui est ce secrétaire permanent de la commission ayant eu l’idée de donner aux Congolais une idée du niveau « périlleux » de la corruption dans notre pays ? Qui est Laurent Tengo, l’Eliot Ness de la morale économique au Congo ? Qui lui a donné l’ordre d’enquêter, alors que les effets latéraux et collatéraux peuvent être, justement, mortels pour les commanditaires de cette fouille-merde ?

Ancien lissoubiste, Laurent Tengo, nommé député de Madingo-Kaye, en « lieu et place de Mavoungou Zinga Mabio » est appelé « traître des traîtres » par ses anciens amis de la Mouvance et surnommé également « grand commis du Pouvoir ». Il serait chargé (à en croire notre confrère camerounais http://www.camer.be/index1.php?art=...) du « projet fou de la modification de la Constitution qui permettra à Sassou de garder son fauteuil doré au-delà de 2016 au nez et à la barbe du peuple congolais. » On le dit aussi «  proche de Roland Bouiti Viaudo (actuel maire de Pointe-Noire, proche de mama Anto)  »

(http://www.camer.be/index1.php?art=...)

Voilà pour le bonhomme. On peut le classer. L’Eliot Ness congolais est en fait un plastron (quelqu’un chargé de jouer le rôle du méchant). Le David de l’éthique financière est un Judas Iscariote au service du Chemin d’Avenir.

Inflation d’enquêtes

Ce rapport a défoncé des portes ouvertes (qui ne savait pas avant cette enquête que le Congo est un pays corrompu jusqu’à la moelle ?) On se demande pourquoi le commanditaire (l’Etat congolais) a-t-il entrepris de réaliser ce « périlleux » travail de police sur ses propres mœurs économiques ? Inconscience ou calcul politique ? Pire, l’enquête de Laurent Tengo succède, quelques mois de distance, à celle menée par Alphonse Nzoungou sur le même thème du vol. Pourquoi cette inflation d’enquêtes qui pointent du doigt ses propres fourberies ? Pourquoi donner le bâton pour se faire battre ? Autant se tirer une balle dans la jambe. Sassou est coutumier de la fausse transparence. On lance une enquête sur soi-même pour passer pour honnête. Ce qu’on ne dit pas c’est que le flic qui mène ladite enquête prend ses ordres auprès du parrain mafieux.

Laurent Tengo, en plus d’être un plastron, est un ripou.

Travail périlleux

Pour donner du crédit à leur travail, les enquêteurs parlent de péril. En effet, enquêter sur un sujet aussi sensible peut s’avérer dangereux car on marche sur les plates-bandes d’une terrible mafia. On sait de quoi sont capables ces honorables messieurs quand on est trop regardant sur leurs affaires et quand on leur met les bâtons dans les roues. Songez seulement à l’attitude de Nicola Okandzi qui logea plusieurs balles dans la tête de Bambela, son jardinier, qu’il soupçonna de lui avoir dérobé de l’argent que lui-même avait dérobé au Trésor Public.

Malheureusement Laurent Tengo ment. Il n’a pris aucun risque, n’a cité aucun nom. Le flou artistique total. Du reste il a repris le rapport d’Alphonse Nzoungou qu’il a agrémenté de pourcentages sur le niveau d’inachèvement des travaux relatifs aux fameuses municipalisations accélérées. C’est tout. Il n’y a pas du tout péril en la demeure puisqu’aucun malfrat n’est nommé. Ce n’est donc pas surprenant que la maison d’arrêt de Brazzaville ne regorge pas d’hommes d’affaires véreux, corrupteurs et corrompus.

Crime sans châtiment

Qu’on ne se fasse pas d’illusions. Dans un système où, toute honte bue, l’impunité règne, aucune sanction ne tombera : crime sans châtiment. Soyons sérieux. Pourquoi l’Etat congolais dont le premier étage est foncièrement atteint par la corruption va-t-il se faire hara-kiri alors que cet Etat vit de corruption, se reproduit grâce aux rétrocessions des commissions des marchés publics ? On choisit des amis, des copains et des coquins auxquels on attribue des marchés (sans évidemment appels d’offre) en leur exigeant comme conditions la ristourne de 10% de commission (sinon point de contrats). Comme ces amis, copains et coquins sont des petits malins, ils surévaluent alors les factures pour ne pas réduire leurs bénéfices face à la cupidité gourmande, par exemple, d’un Jean-Jacques Bouya, neveu de Sassou ayant l’exclusivité du colossal budget de cette escroquerie et non moins, poule aux œufs d’or, nommée municipalisations accélérées.

Ce système permet au pouvoir de se reproduire sans coup férir car, comme de bien entendu, il se nourrit d’abus de biens sociaux, de détournements et de corruption. Aussi quand les agents de ce système commandent des enquêtes sur leurs propres prévarications, ça tient du cynisme consommé, de la mise en scène.

Ce type de rapport anti-corruption fait partie de la comédie humaine. La preuve ? Alors que l’accablant rapport d’autopsie des entreprises publiques de l’honorable Laurent Tengo (repris par RFI) était en train d’être rendu public, deux semaines plus tôt, Amélie Saboga, épouse du Ministre des Finances, Gilbert Ondongo, se fait prendre dans un aéroport français avec des valises pleines d’argent liquide (l’équivalent de 30 millions d’euros). Comme disent les panneaux sur les chantiers TP : « pendant les travaux la vente continue », de même, « pendant l’enquête la corruption continue ».

Laurent fait la police pour amuser la galerie qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Juge et partie

Et, en l’occurrence, on sait que le camarade Laurent Tengo n’est pas un enquêteur objectif. Faisant partie du clan Antoinette Sassou grâce à ses affinités avec Roland Bouity-Viaudo, il est à la fois juge et partie, donc forcément partial. Autrement dit les résultats de son enquête n’apprennent rien qu’on ne savait déjà. Aussi RFI qui a relayé l’info a simplement reproduit des lieux-communs car avec ses moyens d’investigations, avec ses correspondants sur place en Afrique, elle doit bien se douter que les régimes locaux vivent de corruption et rien que de ça. Cette corruption est nationale (rapport Laurent Tengo) et internationale (révélations de Robert Bourgi)

Hier les partenaires de Jean-Jacques Bouya (Directeur des grands travaux), se sont jetés comme des chacals sur les municipalisations accélérées de la Likouala, du Niari, de la Cuvette Est. Demain, en 2012 (si ce n’est déjà fait) ces carnassiers dépèceront le prochain gibier de la démagogie sassouiste : le Pool. Qui a bu, boira. Qui a volé, volera.

Créer une commission pour enterrer un problème

Les Congolais n’ont pas besoin d’une enquête pour comprendre que le pays vit une descente aux enfers parce qu’un clan capture toute la richesse de la Nation.

Le rapport de Laurent Tengo relève de l’escroquerie. En politique, c’est connu, quand on veut enterrer un problème, on crée une commission. C’est ce que vient de faire Sassou en créant successivement deux commissions en l’espace de six mois. Grâce à cette parade politique face aux mauvaises langues, Sassou vient d’adresser un message, sans équivoque, aux Congolais : « Circulez, il n’y a rien à voir. »

Autant dire que la corruption dans ce pays a de beaux jours devant elle.

Simon Mavoula

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