Les tribulations de trois musiciens d’Extra-Musica

mercredi 25 août 2010
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    Abdon, Bouboule et Elvis en gare de Nice
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    Les trois artistes dans le TGV de Paris
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    Les artistes en compagnie d’un admirateur lyonnais
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    Fermeture des portes avant le départ pour Paris

Lundi 23 août 2010, gare de Nice, 13h20. Trois musiciens d’Extra-Musica International, en provenance de Brazzaville via Rome, attendent le train de Paris. Il s’agit d’Abdon Moundélé, guitariste, arrangeur, d’Elvis Sangoko, animateur, chanteur, joueur de djembé et de Bouboule Abona, chanteur. Les trois artistes, bien que fatigués, sont souriants. Leur histoire est simple car elle ressemble à celles de milliers d’autres Congolais, victimes de la franc-maçonnerie du régime dit Chemin d’Avenir. Face au désordre enclenché par des choix politiques hasardeux, la fuite vers l’étranger reste la seule solution des « déracinés du capital pétrolier  ». En l’occurrence, la vie d’artiste n’est pas une sinécure dans un pays dont la nouvelle devise est « Chemin d’avenir » alors qu’en réalité, toutes les issues sont bouchées pour tout le monde. Voilà pour le décor politique.

A partir du FESPAM (Festival panafricain de musique) chacun de nous a pu voir le traitement que de petits malins connectés à Mpila (Germain Péla Yombo dit Beethoven, Christian Engani) réservent à nos musiciens, parfois, et souvent, avec la complicité d’autres musiciens, notamment ceux qui se disent « Têtes d’affiche  » ou « leaders ». Qui donc ne sait pas comment un certain Roga-Roga devenu griot attitré du régime et un Doudou Copa exploitent sans vergogne les musiciens avec lesquels ils font des spectacles aux cachets mirobolants (par exemple 40 millions de F.cfa.) « Roga-Roga , quand il est généreux, est capable de filer juste 100.000 et empoche les reste. Lorsqu’il veut être méchant, il vous donne juste l’argent du taxi pour rentrer à la maison » se plaignent ceux qui ont eu le malheur de travailler avec ces petits patrons de la musique congolaise. Dépensiers avec les filles, ces flambeurs ne savent même pas que les musiciens qui bossent avec eux ont des droits, ont besoin, eux aussi, de vivre de leur fruit de travail. Est-ce trop demander ? Et lorsque les artistes, las de bosser pour des prunes, veulent se soustraire à leur dictature, nos tyrans en herbe sortent leurs griffes, deviennent cruels comme des felins, carnassiers comme des pitt-bull.

Serrer la vis du visa

Abdon Moundélé, Elvis Sangoko, Bouboule Abona ont particulièrement suscité la haine de Germain Pela Yombo dit Beethoven et de Doudou Copa. Lorsqu’ils apprennent que ces trois-là veulent prendre leur clic et leur clac pour aller voir comment la vie d’artiste se passe ailleurs, le sang de ce prétendu mécène et de cette supposée tête d’affiche ne fait qu’un tour. Ils sortent la grosse artillerie politique pour contrecarrer ce projet. Le consulat d’Italie est alors assailli de coups de fil de Beethoven afin qu’aucun visa ne soit accordé à nos trois musiciens d’Extra-Musica International. Les Congolais pensent que le fait d’avoir une marque ethnique estampillée Oyo vous donne des prérogatives sur les chancelleries installées à Brazzaville. Ces nervis contrôlent le consulat de France qui leur obéit au doigt et à l’œil. Ils donnent seulement une consigne et voilà le sort d’un candidat au voyage lié à jamais. En revanche le consul d’Italie (dont le pays n’a rien à voir avec la Françafrique) ne se laisse pas dicter la loi par de petits morveux à la solde de Mpila où siège un pion de Sarkozi.

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Les trois artistes dans le TGV de Paris

Les visas italiens sont donc accordés à nos trois amis. D’où leur passage obligé à Rome via Nice (en bus) au lieu d’atterrir directement à Paris Roissy. « Beethoven est capable de te tendre une embuscade policière à Roissy. Certains sont obligés d’atterrir à Orly pour échapper au traquenard de l’ami Germain Péla Yombo » explique l’un des trois musiciens. Car en effet, nombre d’artistes (qui condamnerait leur stratégie ?) profitent des événements culturels aussi douteux que coûteux organisés par l’obscur Beethoven (Nuits de Brazza) pour fuir le régime insupportable du Congo-Brazzaville.

Haine

Doudou Copa et Beethoven, (c’est le moins qu’on puise dire), n’ont ménagé aucune ressource diabolique pour empêcher Abdon Moundélé, Elvis Sangoko, Bouboule Abona de prendre leur vol pour l’étranger. N’eut été la bienveillance de Quentin Moyascko qui, lui aussi, a des "relations" sur place, nos trois infortunés artistes seraient encore en train de galérer à Brazzaville.

C’est le moment de signaler ici que de tous les leaders à l’origine d’Extra-Musica, Quentin est le plus humaniste. Sa générosité s’est mesurée ce lundi 23 août lorsqu’il fait un mandat Western-Union de près de 300 euros pour compléter le prix du voyage Nice-Paris de ses trois co-équipiers. Qui dit mieux ?

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Les artistes en compagnie d’un admirateur lyonnais

Germain Péla Yombo alias Beethoven, devenu spécialiste des « Nuits de Brazza » dans les différentes villes du monde, confisque généralement passeports et billets des artistes qu’il fait bosser dans son festival bidon. Les « Nuits de Brazza » sont (comme le Fespam) la poule aux œufs d’or dont les grains sont fournies par Mpila pour enrichir un réseau qui recrute ses membres sur le critère ethnique. Voilà pourquoi des luttes féroces précèdent les nominations à la tête de ces Institutions de misère. A cause des enjeux financiers énormes, toutes féroces soient ces luttes, c’est toujours des agents bon chic bon teint (c’est-à-dire issus du fief d’Oyo) qui sont désignés (jamais élus) à la tête de ces « machines à sous » prétendument culturelles. Ce système ethnocentrique d’attribution de postes, comme on voit, s’applique partout au Congo, aussi bien dans l’armée où tous les généraux sont du même groupe ethnique que dans les administrations centrales où tous les directeurs généraux affichent un monolithisme régional ou à la Fécofoot où le chef émerge forcément de la tribu-classe d’Oyo. Résultat des courses : le Congo sera absent des prochaines compétitions sportives internationales.

Congopage dit bon vent à Abdon, Elvis et Bouboule. Que le Dieu des artistes les protège dans leur parcours.

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